18 Abril 2007
Edna, Irma et Gloria. (Denise Bombardier)
La Québécoise Denise Bombardier offre une traversée du XXe siècle en compagnie de trois femmes terribles, mais bien vivantes!Sacrée Denise! Avec Edna, Irma et Gloria, portrait au vitriol de trois de ses tantes, la journaliste et écrivaine québécoise renoue avec sa meilleure veine. Celle de ses romans fortement teintés d’autobiographie, Une enfance à l’eau bénite (1985) et Aimez-moi les uns les autres (1999).
Trois tantes, donc, pas vraiment recommandables, malgré leur propension à confesser leurs multiples péchés. L’aînée, Gloria, joueuse de cartes invétérée, aura multiplié les soupirants. La deuxième, Irma, à la beauté flamboyante et au QI modeste, vendra ses charmes au Paradise Bar avant de jeter son dévolu sur un jeune peintre naïf et docile. La troisième, Edna, diablement futée, se perdra dans les bras de l’ombrageux Ubald, homme taciturne et solitaire.
Pour oublier les malheurs de ce XXe siècle traversé par la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, mais aussi par la libération des femmes et les débats houleux sur l’indépendance, une seule solution: la divine bouteille. C’est qu’on boit sec chez les sœurs Desrosiers, et l’on s’envoie à la tête les pires horreurs tout en restant unis pour toujours: «Quand on rit du monde, on est au-dessus du monde», clame Gloria à tout bout de champ, dont les mots-assommoirs estourbissent allègrement les hommes. Né dans le Québec populeux des années 1910, le trio a la vie et la dent dures, «affichant du mépris pour les pauvres et du dédain pour les riches». Seule rescapée de l’hécatombe: la mère, une solide femme qui, au rythme des sermons, donna naissance à 12 enfants, dont 6 ne survécurent ni à la maladie ni à la guerre.
Pourtant, rien n’est jamais triste dans ce roman enlevé. On savoure le parler québécois, on se délecte de la mauvaise foi des protagonistes, on se laisse attendrir, aussi, par leurs maladresses. «Maudite Denise, diraient ses tantes, t’as bien percé not’ jeu!»